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 PENTE DOUCE  
   
 A " Pente Douce " Balthazar et Maria étaient très amoureux et ne se quittaient pas à longueur de journée. Ils descendaient souvent au village de Roqueviel où Maria avait l'habitude de visiter l'institutrice de l'école et prenait plaisir à regarder les petites têtes blondes. Elle apprit à sa jeune collègue que son compagnon Balthazar était un conteur inépuisable sur les roses ce qui fit germer une idée dans la tête de l'enseignante. Elle allait organiser une classe de découverte autour du thème des roses en permettant aux gamins de visiter la roseraie tout en apprenant du vieux jardinier les trucs pour cultiver ces fleurs. 
   
  
   
 Toutes les quinzaines la petite classe venait écouter Balthazar leur livrer ses secrets ; Maria dans son coin se régalait à regarder les yeux des enfants pétiller en écoutant son compagnon qui n'aurait pas laissé sa place pour tout l'or du monde.
Ce que personne ne se doutait c'est que cette activité allait provoquer quelques jalousies parmi les autres pensionnaires. Le Directeur eut alors une idée géniale qui allait changer la vie de tous. Puisque tous avaient eu des métiers avant de venir prendre ici une retraite bien méritée et dans la mesure où certaines professions étaient inconnues de la jeune génération, ce serait une bonne manière de mélanger les âges que de faire découvrir le passé aux plus jeunes.
 
   
  
   
 Le projet fut adopté par l'enseignante et semaine après semaine les enfants purent découvrir des métiers dont ils n'avaient jamais entendu parler : conducteur de train à vapeur, mineur de fond, ouvrière de filature, souffleur de verre, forgeron, gardienne de chèvres etc…..
Tous les pensionnaires prenaient beaucoup de plaisir à dire leur histoire aux jeunes et le fait de se raconter fit que les pensionnaires qui se côtoyaient sans se parler depuis des mois, voire des années, purent mieux se connaître et échanger entre eux des souvenirs d'un passé dont ils ne voulaient garder que les meilleurs souvenirs.
 
   
  
   
 Le projet se développa au fil des ans puisque les anciens et les écoliers confectionnaient au moins un char pour le Carnaval de la commune, en le décorant de milliers de roses en papier crépon que toutes les petites mains de " Pente Douce " fabriquaient avec application. 
 Le temps s'écoulait doucement et la sérénité était totale, Balthazar et Maria étaient très heureux.
Mais un jour à la grande surprise de Maria, Balthazar lui avoua, un peu confus, qu'il devait quitter la maison de retraite pour une durée indéterminée afin d'aller retrouver dans le sud une de ses sœurs qui demandaient à le voir parce qu'elle était très malade.
 
   
  
   
 Maria ne s'opposa pas à son départ mais trouva qu'il mettait en péril leur belle histoire d'amour.
Il partit, donna bien quelques nouvelles mais de moins en moins souvent.
Maria avait elle, retrouvé son banc et ses livres et essayait avec peine à surmonter cette séparation.

Presque une année plus tard à l'occasion de l'arrivée d'une nouvelle pensionnaire, elle apprit une très triste nouvelle.
Balthazar était parti dans le sud, non pour rejoindre une sœur qui n'existait pas mais bien pour s'isoler, loin du regard de sa bien aimée.

 
   
  
   
 Il se savait malade et n'avait pas eu le courage de le dire à Maria. Il venait de s'éteindre, seul, dans une maison de retraite croyant que sa disparition passerait inaperçue de tous.
Maria comprit qu'il s'agissait là d'une extraordinaire preuve d'amour de son jardinier chéri. Elle en fut bouleversée, perdit l'appétit et en quelques jours vit ses forces l'abandonner.Elle mourut de chagrin, en regardant la photo de son bien aimé qui trônait sur sa table de chevet au milieu d'un bouquet de fleurs en soie.
Maria fut pleurée et accompagnée en terre sous des monceaux de roses.
 
   
  
   
 Pour honorer les deux pensionnaires qui avaient " réveillée " la maison de si belle manière, le directeur demanda au jardinier qui avait appris les secrets des greffes de rosiers du vieux jardinier de créer deux roses originales qu'ils baptiseraient en leur honneur, Balthazar et Maria.

Elles ne furent sûrement pas les plus belles du monde mais elles avaient été celles qui avaient été conçues avec le plus d'amour.

 
   
  
   
 " Roses ils avaient vécu comme vivent les roses….., de beaux matins mais une existence aussi courte que parfumée, pleine d'émotion. L'amour des roses avait été une belle passion, témoin de celle que leurs deux cœurs généreux avaient vécu près de la roseraie, en harmonie avec cette nature qui continue après eux à égayer ceux qui prennent la peine de l'admirer.
Mais au-delà des roses qui avaient leurs noms et leur grâce, c'est le souvenir qu'ils laisseront dans les âmes des jeunes qui leur permettra de laisser une magnifique trace dans les lieux qu'ils auront marqué pour longtemps de leur présence originale.

 
   
  
 


Pente douce 1
| Pente Douce 2