Les jours et les
mois s'écoulèrent d'abord très vite
puis un peu plus tristement.
Avoir toute la journée les pattes dans l'eau froide,
ça vous sape le moral des plus optimistes !!
Mary, notre petite rainette regardait bien de temps en
temps si personne ne venait s'asseoir sur la pierre de
granit, et surtout si John ne réapparaissait pas
!
Mais si il était réapparu, et qu'elle soit
encore en rainette, cela aurait été encore
plus triste !
Au manoir, la vieille Miss Hamilton était
tombée malade et n'ayant plus de gouvernante
à son chevet fut emmenée à l'hôpital
du Comté où elle mourut assez rapidement.
Le Manoir de la Combe restait fermé et commençait
à être envahi par les mauvaises herbes.
Dans l'étang, Mary passait son
temps comme elle pouvait, en dévorant des moustiques
et en chantant avec ses congénères ; elle
se prit même d'amitié pour un vieux crapaud
pas très beau, mais très sympathique et
serviable. Il ne parlait pas, bien évidemment,
et s'efforçait de la charmer en croassant avec
beaucoup de conviction mais peu de romantisme il fallait
bien le reconnaître !
Mary s'en amusait et se disait que malgré tout,
l'important était d'être bien entouré,
et que tous les efforts de son compagnon,( qu'en elle-même
elle avait baptisé Johnny en souvenir d'un chanteur
de blues qu'elle aimait bien du temps de sa jeunesse),
était une belle preuve d'amitié !
Un triste soir d'hiver, le vent se leva
sur les collines d'Albionie, les arbres se couchèrent
en craquant avec un bruit inquiétant, la pluie
tombait en déluge et même pour des crapauds
et des grenouilles ce n'était pas un temps à
mettre une patte dehors !
Abrités sous les rares roseaux et deux grandes
feuilles de nénuphars Mary et Johnny restaient
blottis, effrayés par les tonnerres et les éclairs.
Soudain, un vrombissement incroyable
retentit.
Une boule de feu tomba dans la mare, projetant tous
ses occupants dans les taillis alentours et nos deux
compagnons près de la pierre de granit.
La fureur divine se déchaînait, l'eau rougeoya
et se mit à bouillir sous l'effet de la boule
de feu. Tout devint apocalyptique !
Que se passa t'il ? Nul n'en connaît
à ce jour la cause !
Brusquement comme sous l'effet d'une
magie céleste, tout fut différent. Un
arc en ciel irisa le ciel et vint prendre naissance
dans la mare des " Diablesses ". Sur la pierre
on vit alors , surgissant d'un halo surnaturel, une
très jolie femme habillée d'une magnifique
robe sur laquelle retombait de très longs cheveux
blonds. A ses côtés un bel homme d'âge
mûr, habillé d'un costume de velours vert
regardait tendrement sa compagne.
Mary et John !! C'était eux deux, assis sur la
pierre de l'étang !!
" C'est toi chéri, mais comment
est ce possible ??? "
" Ahh, amour si tu savais !!! Quelle histoire !!
" "
" Raconte, vite
.pourquoi m'a tu laissé
seule avec ta mère dans le manoir ?? D'où
viens tu ?
" Comme toi
. De l'étang !! "
" Quoi ? Tu te fiches de moi ? J'étais seule
avec des grenouilles et un crapaud là dedans
et je devais y finir ma vie !! "
" Et non, tu n'étais pas seule
.le
crapaud c'était moi !!! "
" Mais pourquoi avait tu demandé à
être transformé en crapaud ?? Pourquoi
as-tu fui de la maison ?? "
" Ecoute, calme toi "
John se mit alors à raconter une histoire incroyable
: Venant se promener chaque jour près de la Mare
il se mit petit à petit à chasser les
grenouilles avec un petit bâton muni d'une étoffe
rouge. Il prit beaucoup de petites grenouilles et c'est
alors que devant la menace de leur disparition les batraciens
demandèrent au feu follet qui vivait dans l'étang
de chasser John des parages.
Le tour rata et au lieu de le chasser, la poudre de
perlimpinpin n'eut pour effet que de le transformer
en crapaud pour le reste de ses jours !
Il lui raconta qu'il avait recueilli
une larme tombée de sa joue le jour de sa métamorphose,
et l'avait enfermé dans une boîte de sureau
qu'il gardait près de lui. Quand le tonnerre
et la boule de feu tombèrent dans la mare, tout
se transforma et il dit l'avoir vu jaillir en princesse
de la petite boîte à cet instant !
Mary, les larmes aux yeux, émue
et frissonnante à l'écoute de ce récit,
comprit enfin que le mauvais rêve était
terminé. Ils allaient pouvoir revivre, vivre
enfin tous les deux puisque le Destin et le Feu Céleste
les avaient sortis de là!!
Main dans la main, en suivant les sentiers
bordés de pierres de granit, ils se dirigèrent
vers leur château où tout allait enfin
être possible.
Ils avaient tant à se raconter, tant à
vivre ! Une vie n'allait pas leur suffire pour faire
de beaux gars et de belles gamines qui allaient à
leur tour faire revivre le pays !
Il leur faudrait aussi penser à repeupler la
Mare des Diablesses, qui fut leur premier et qui faillit
être leur dernier nid d'amour !
MORALITE :
Il faut toujours laisser le temps au temps et croire
que l'amour sera toujours possible pour peu que l'on
sache reconnaître son (ou sa) bien aimé(e)
quelque soit son apparence !