Les renards attaquent
 

Au petit matin ils racontèrent à leurs intrépides rejetons l'escapade mouvementée de la nuit dernière, ce qui eut la conséquence inattendue de les voir décidés à leur tour de forcer les barrages pour aller chercher des mets plus convenables à leurs " jeunes ratiches " car rien que d'entendre la description des lapins, les petits rouquinoux en salivaient d'aise !
- Papa, on n'a qu'à attaquer tous ensembles, et les habitants penseront à un commando dangereux !
- Dites donc les gamins ? Où avez-vous appris la stratégie militaire ? chez les kamikazes japonais….ou bien ?
- Dans les mangas !
- Ahhh, voila l'explication, mais ici c'est la Suisse et on attaque avec sa tête, pas ses jambes ! Enfin on n'attaque jamais car ici c'est un pays pacifique …………..mais nous on s'en fiche de déclencher les hostilités car on a pas le passeport helvétique !
- Moi je propose qu'on aille voir un petit peu comment c'est en plein jour, personne ne va s'attendre à notre visite, proposa Foxie.
- Bonne idée !!! on y va crièrent les renardeaux bien téméraires et apparemment très affamés !
- Bon soit, concéda Russo, mais c'est moi le chef du commando…..ou bien je chasse en solitaire si personne ne fait confiance dans ma force et dans mon intelligence...
Un silence pesant s'installa qui pouvait vouloir dire : " on lui laisse ses illusions, mais au milieu de la bagarre, chacun se battra avec ses armes " ou alors " faut pas fâcher le Chef parce que sinon on va s'en faire un ennemi " !
Tout le monde écouta la description du parcours et les manœuvres d'encerclement et d'attaques du clapier et après tout le monde dévala en file indienne la colline jusqu'à la " villa des lapins ".
Quelques chiens hurlèrent cependant en reniflant l'odeur un brin pestilentiel de la famille Goupil en chasse, et qui ventre à terre fonçait sur leurs proies, comme ces avions sans pilotes qui survolent en rase motte les terres ennemies.

Quelques minutes plus tard, la famille au complet, soit 5 soldats à l'uniforme roux et à la crinière en bataille, se tenait à quelques enjambées du festin.
Tout était d'un calme étonnant, et même en Suisse, ce calme là pouvait présager la tempête ou bien alors un que l'œil du cyclone s'était positionné sur les rives du Léman, ce qui allait faciliter la curée.

Six parcs à lapin étaient là près de la maison, et dans chacun d'eux, un lapin de couleur différente, mais très bien nourri vu leur embonpoint, faisait la grasse matinée.
Ces lapins à vrai dire n'étaient que distraction pour les enfants que gardait la propriétaire qui exerçait le métier de " maman de jour ".Ces lapins étaient donc cajolés par les enfants et nourris de carottes, biscuits et autres nourritures qui portaient plus à l'obésité qu'à l'allure sportive ! Des lapins qui n'étaient pas destinés à finir en civet mais à mourir de leur belle mort au milieu d'humains très protecteurs.
Quelle aubaine…..des lapins grassouillets et qui n'allaient même pas avoir de muscles pour se défendre ou détaler quand l'attaque allait être déclenchée.

Mais alors que rien ne laissait présager la présence d'un humain dans les parages, apparut soudain sur le balcon de la maison voisine, une dame d'age mûr, enveloppée d'un peignoir et de bigoudis !
Tous les regards se tournèrent vers le chef d'escadron, c'est-à-dire Russo qui décida tout de suite :

- Renard3 (c'était le nom de guerre du petit dernier)…. sors tes dents et plante toi sous l'escalier avec l'air le plus menaçant possible pour éviter qu'elle ne descende, nous on va abattre le troupeau de lapins de salon et après repli en ordre, chacun apportant une victime dans sa gueule ! Exécution et vite !
Renard3, fier de sa tâche de garde arrière et de " Sécuritas " de la famille, hérissa son poil, sortit ses canines flambant neuves et grogna comme une horde de loups affamés.

Devant cette menace terrifiante, la voisine resta pétrifiée sur son balcon, ne prononçant plus un mot, n'esquissant plus aucun geste.
Elle ne put qu'assister à une mise à mort orchestrée comme dans le plus terrible des corridas……………il n'y manquait que la musique !

Renard2 (qui était une renarde plutôt élancée à la longue toison rouquine) sautait sur ses pattes arrière comme un kangourou australien et faisait sauter les verrous des 6 cages installées à 80 cm du sol. Dessous les cages les " tueurs " Russo, Foxie et Renard1 allaient égorger en une fraction de seconde les lapins qui sautaient de leurs cages ressemblant à ces moutons apeurés qui sautent en bas des falaises.
Sans décrire avec trop de réalisme cette scène apocalyptique il faut imaginer ces toisons angoras maculées de sang et ces lapins gisant à même le sol. Quand le dernier lapin fit son dernier soubresaut, Russo siffla la fin de l'hallali et prenant un lapin dans sa gueule indiqua la route du repli.
Les 4 renards auteurs de la tuerie repartirent ventre à terre avec leur précieux repas dans la gueule.

Il ne restait plus à Renard3 qu'à lever le siège du balcon de la voisine, à choisir un des deux lapins qui restaient par terre et à rejoindre " à fond les manettes " toute la famille Goupil pour aller tenir banquet dans le terrier.
C'était un peu trop présumer de la faculté d'analyse de Renard3 qui, devant la terreur qu'il engendrait chez le seul témoin de la scène de chasse, continuait à rouler des mécaniques et à grogner de plus belle, quitte à s'en faire casser les cordes vocales. Il ne s'aperçut pas que la voisine venait de lancer l'alerte en téléphonant avec son téléphone portable à la police municipale.

Suite au prochain épisode...


 

 




Texte © Créations Armony

" Toute reproduction nécessite
l'accord de Créations Armony"