Les renards en repérage |
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Au début du siècle passé, la colline du
Piémont vaudois bordant le lac n'était que futaies,
bois et taillis ; une ou deux bergeries traditionnelles y avaient
été construites avec les bons vieux rondins de
bois de la région.
Personne ne songeait à passer son temps à regarder
le lac où se miraient les cimes, car chacun se consacrait
à son labeur.Le berger, aidé de son fidèle
chien, gardait son troupeau pour éviter les escapades
et les attaques des carnassiers qui veillaient dans l'ombre
noire des bosquets.
La journée tout allait assez bien pour les gardiens,
mais à la nuit tombée, quand il fallait bien se
reposer, les renards et autres loups venaient se faire les dents
sur quelques moutons.
Ainsi allait cette vie pastorale où les carnassiers prélevaient
leur dîme sur le cheptel bêlant que l'homme gardait
dans les pâturages, afin de les engraisser avant de les
vendre à la ville d'en bas.
Le temps passant le paysage se changea d'abord lentement puis
plus visiblement ; sur la colline se construisirent des maisons
de toutes les sortes parce que les citadins eurent une envie
de retour au calme. Routes et chemins drainèrent le paysage,
les bois furent coupés et ce fut tout à coup une
seconde ville qui s'étagea sur toute la colline.
Il n'y avait plus d'animaux dans les champs, les rares bergeries
étaient désormais de rustiques chalets près
desquels s'ébattaient des enfants et des animaux domestiques.
Nul ne se soucia alors du sort des anciens prédateurs
que tout le monde pensa exilés ou mieux
exterminés
par la modernité.
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C'était mal connaître le caractère des
hôtes de ces bois et notamment de la famille Goupil qui
de lignées en lignées, subsistait dans les fourrés
à l'orée du village.
Elle regrettait le temps jadis et ses fantasias nocturnes, ses
repas pantagruéliques de bonne chair fraîche d'animaux
en pleine santé. Maintenant les menus étaient
répétitifs et moins appétissants : hérissons
ou chats écrasés, quelques fruits notamment des
raisins et surtout une indigestion de mulots, campagnols, musaraignes
.
Devant le questionnement fréquent de leurs renardeaux,
Russo (Monsieur Goupil) et Foxie (Madame Goupil) ne savaient
pas justifier cet état de chose.
- Dis Papa pourquoi on ne descend pas voir autour des maisons
si il n'y a pas des animaux appétissants ?
- Dis Maman, je peux avoir une bonne poule au pot pour dimanche
?
A force d'entendre ces litanies nos deux renards décidèrent
de tenter une excursion nocturne pour repérer des proies,
échafauder une tactique, un plan de bataille
.enfin
quoi un bon vieux retour aux sources grâce aux méthodes
que leur avaient enseigné leurs ancêtres ; sinon
à quoi cela servait il de se baptiser renard sauvage
?
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Le soir venu, vers minuit sonnant, Russo et Foxie partirent
à l'aventure.
La descente de la colline ne fut que louvoiement entre les résidences,
parcs et jardins, piscines privées, vergers, potagers,
massifs fleuris
Le plus dur était de franchir les
murets parce que les nouveaux résidents qui devaient
tous être des maçons se construisaient des bâtisses
derrière de hauts murs.
Que pouvaient ils cacher ?
A première vue pas de belles et appétissantes
volailles, mais des niches de chiens de toutes races qui grognaient
ou jappaient quand ils sentaient les goupils sur leur territoire.
- La ferme
bandes d'esclaves enchaînés, jurait
Russo en faisant briller ses canines sous la lune.
Bien peu de chiens insistaient d'autant plus que la plupart
étaient solidement tenus en laisse, ce qui faisait encore
mieux apprécier la liberté à nos deux lascars
!
Ils remarquèrent bien sur un balcon une volière
où se tenait un perroquet multicolore qui les provoquait
d'un salut répétitif : "Hello toi
..Hello
toi
..Hello toi
.. ".
- C'est bon à manger cette bestiole demanda Foxie ?
- Je sais pas, il est tout vert
.il doit être malade
! c'est pour ça qu'il est dehors peut être ?
- Laissons le
.et en plus il parle comme un homme !
Arrivés presque en bas du village ils aperçurent
une petite construction sympathique près d'une belle
villa ; un clapier avec de vrais lapins angoras
Waouh
quelle aubaine !
- On va s'en faire un et on va le ramener aux renardeaux !
- Chouette !dit Foxie.
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Alors qu'ils franchissaient le dernier muret, une espèce
de molosse surgit sans crier gare et leur jappa violemment aux
fesses.Ils se retournèrent pour faire face et livrer
combat mais le raffut réveilla le propriétaire
qui sortit de la maison en pyjama, un fusil à la main.
Que fallait il faire ? Déguerpir ? Faire face
- Gaffe Russo, il va nous tirer comme un lapin, taillons nous
!!
Sentant leur dernière heure trop proche ils détalèrent
le gazon ventre à terre et oubliant tout instinct de
précaution ils empruntèrent les trottoirs de la
commune pour remonter en quatrième vitesse vers leur
terrier épuisés mais heureux d'être en vie
; ils se couchèrent tout en faisant attention à
ne pas réveiller les renardeaux.
Suite au
prochain épisode...
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